J'ai parlé de cette amie avec ma mère aujourd'hui. Une amitié exclusive qui m'a détruite en 4ème-3ème. J'ai bien du mal à faire le deuil des "belles années". J'étais boulimique, je rentrais pour m'empiffrer le soir, finissais l'assiette des autres au self, claquais tout mon frique dans la bouffe, je mangeais la nuit, dans mes rêves, tout le temps.
Je me souviens du premier jour où l'idée de me débarasser de mon repas m'a traversée l'esprit. Je me souviens de la première fois où je me suis vomie, de la satisfaction immédiate que j'en ai tiré. Je ne pensais pas que j'en serais au même stade quatre ans plus tard. Maintenant, c'est moi qui donne la bouffe au self à mes amis, ou aux SDF pour me faire croire que je sers encore à quelque chose.
Et cette amie que j'aime tant, mais qui me renvoit involontairement à toutes les mauvaises choses, ces souvenirs que je voudrais effacer. Ces années terribles, au cours desquelles je ne n'étais Rien. Pour personne, pour moi-même. Un Rien qui pèse, qui nuit. Une fille qu'on traîne, qui fait la gueule et qui se ferme.
Le 20 avril 2005, ma grand-mère maternelle est morte. Mais il y a tant de choses qui se sont envolées avec elle. J'ai vu ma famille partir en lambeau à une vitesse vertigineuse. J'essayais de limiter la casse, d'être là pour ma mère. Je ne la haïssais pas encore et elle pleurait sur mon épaule. Et puis, l'arrivée au lycée, j'ai bêtement opté pour la colère et le mépris. Je ne réalisais pas que c'était moi que je souhaitais détruire plus que tout. Cette solution a fini par me convenir. J'en suis arrivée à penser que qu'il fallait tout faire pour que je crève en silence. Je voulais qu'on m'en veuille, qu'on me trouve détestable. J'ai songé à devenir héroïnomane et à faire le trottoir. J'avais les outils à disposition. Cette idée grotesque me paraissait à l'époque très envisageable. Elle m'effraye aujourd'hui car je ne sais plus de quoi je suis capable. Je me trouve particulièrement instable pour en arriver à de tels choix "d'avenir".
Le 26 septembre 2006, j'ai enterré un garçon de ma classe de sixième atteint du SIDA. Je me souviens des funérailles où je ne pensais qu'à l'image que je laissais transparaître. Au fond, je m'en foutais pas mal de la personne dans le cercueil. "Surtout ne pas pleurer, afin que les autres puissent pleurer sur toi."
Vendredi 3 juillet 2009, une nouvelle cérémonie, un autre décès. Et j'étais préoccupée. Pas pour la personne mais parce que je savais qu'il y avait ce fichu festin après l'enterrement auquel je ne pourrais pas échaper. Cet égoïsme qui me fait tristement exister me rend malade. Comment sortir de moi? Je me donne l'impression d'être Lamartine au bord de son lac à la con, à pleurer le temps qui passe et qui me laisse derrière. A ne vivre que pour ou contre moi-même, en utilisant les autres à profit.
Je pense qu'il faut que je me désintoxique de ce milieu, que j'aille voir allieurs ou que je mette hors ligne les commentaires. Je ne sais pas encore. J'ai peut être encore besoin de cette plateforme. Merci tout de même à ceux qui s'égarent ici et qui prennent encore le temps de me lire.
Photo : Eté 2002
Dragwena : Est ce une blague? Le sens de ton commentaire laissé sur mon blog?
Je t'avoue que je ne comprends pas trop.